Suite au rapide succès du premier modèle de guitare à résonateur de J. Dopeyra, baptisé Tricone, de nombreux musiciens s’intéressent aux nouvelles possibilités musicales ainsi ouvertes, en particulier dans le monde de la steel-guitar, avec l’endossement de Sol Hoopii, et la firme Nationale peut élargir sa gamme par la recherche constante de ses protagonistes.
Au début, la compagnie propose deux modèles de guitares, deux Tricones, ou Tri-Plates, dont la première est exempte de décorations, la Tricone Style 1, et l’autre ornée d’un motif gravé représentant des roses, la Tricone Style 2. Le catalogue propose également des guitares ténors à quatre cordes, une mandoline et un ukulélé, tous fonctionnant selon le même principe. Rapidement la gammes s’enrichie de deux nouveaux niveaux de finition pour ses Tricones : la Style 3, appelée « Lily of the valley » comportant un motif de clochettes et de feuilles gravées, et la Style 4, la plus décorée de toute, qui, avec son riche travail de gravures florales, constitue une véritable œuvre d’art. Cette « catégorisation » par Styles reste la même sur toute la gamme des futurs instruments et traduit donc exclusivement le degré de finitions, cependant, la finesse de construction de ses instruments est telle que même ses décorations interagissent avec le rendu sonore. Basiquement, le son des Tricones se caractérise par une très grande richesse harmonique et des notes d’une durée très étendue. Chaque note y est d’une grande précision, mais, en vertu des nombreuses harmoniques engendrées, remplit grandement l’espace sonore, se qui la rend moins propice au jeu en groupe, même si l’histoire contredit largement cette assertion, et que l’alliage utilisé pour le corps influe sur ce phénomène. L’équilibre spectral de l’instrument est lui aussi remarquable, et ce sur toute la tessiture de l’instrument, les notes étant par ailleurs franches et les basses pouvant être nerveuses. Les Tricones ne connaissent par contre pas l’agressivité des modèles ultérieurs, sa grande polyvalence seyant donc mieux au musiques sophistiquées telles que la musique hawaïenne ou au jazz. Jusqu’en 1929, tous les corps des instruments de la firme national sont faits d’un alliage de 65% de cuivre, de 10 à 23% de zinc, et de 10 à 20% de nickel, alliage que l’on surnomme « German silver », et qui offre des sonorités pleines et la présence de fortes harmoniques qui laissent néanmoins le pendant équilibré aux fondamentales.
Malgré le succès de la Tri-Plate, sa construction est assez délicate et son prix de revient est relativement élevé, l’instrument touche donc plus particulièrement les professionnels dotés de ressources confortables. Soucieux d’atteindre un public plus large pour pouvoir se développer, John Dopeyra et George Beauchamp se penchent sur de nouvelles recherches. Ce projet abouti en 1928 sur la Triolian, beaucoup moins chère à réaliser. Les tout premiers modèles disposent d’une caisse en bois et de trois cônes, mais sont substitués au cours de la même année par un cône unique, puis à partir de 1929 par un corps un métal. L’instrument est recouvert de plusieurs couches de verni, appelé « polychrome », et comporte des scènes hawaïennes peintes sur le dos. La Triolian coûte alors 45 dollars, alors que l’entrée de gamme des Tricones est de 125 dollars. L’objectif est ainsi atteint et les ventes de firme National explosent. Néanmoins, des dissensions règnent au sein de la firme National, J. Dopeyra, qui mène une vie de famille stable, supportant mal les multiples fêtes débauchées de certains membres de la société, George Beauchamp en tête. Les deux hommes ne s’entendent par ailleurs que fort peu sur les projets d’enrichissement de la gamme d’instruments. En effet, John Dopeyra ne se satisfait pas du son de la nouvelle Triolian, dont le brevet est accordé au nom de George Beauchamp, qu’il juge trop agressive, il travail donc chez lui sur un projet du même ordre correspondant mieux à ses aspirations. J. Dopeyra quitte donc la firme National à la fin de l’année 1928, emportant sa nouvelle idée.
Cependant la firme National continue d’exploiter l’idée des instruments munis d’un cône unique et de ses ateliers sortent plusieurs nouveaux modèles basés sur ce principe en variant les formes, degrés de finition et matériaux utilisés. Le fonctionnement du système à cône unique est en fait assez proche des tricones, les trois cônes spiralés d’un diamètre de 15,08cm sont substitués par un cône, spiralé lui aussi, d’un diamètre de 24,13cm ou de 26,67cm selon les modèles, sur lequel repose disque de bois dit « biscuit bridge » qui reçoit les cordes. Dans cette ligné sort alors en 1930 la Style O, dont les premiers modèles sont en acier, jusqu’à ce que soit adopté un corps d’étain avec un placage de nickel nommé « Bell-brass ». Le corps de la Style O adopte une décoration de scènes hawaïennes obtenues cette fois par sablage, peu de temps après la sortie des premiers exemplaires qui en étaient dépourvus. Le prix, qui passe dans le courant de l’année de 85 à 62,50 dollars place le modèle au centre de la production et permettra à la firme de survivre à la dépression qui vient de débuter. Durant la même période sort la Duolian, une version bon marché de la Triolian, avec un corps également en acier recouvert de peinture, mais sans décoration. Le prix est alors de 32,50 dollars.
Les caractéristiques sonores de ces modèles à cône unique, et de ceux qui suivront, diffèrent sensiblement des Tricones. Si leur puissance reste à peu près équivalente, le son en est moins délicat, voir légèrement sale, ce qui prédestine ces guitares à des genres plus épurés, tel que le blues. L’équilibre spectral y est là aussi excellent et les notes, toujours un peu rauques et nerveuses, jouissent d’une attaque très franche. La encore le métal utilisé pour la caisse joue un rôle important, l’utilisation d’alliage tel que sur la style O donnant un son plus « plein », remplissant l’espace sonore, avec des harmoniques bien présentes mais plus contrastées. Les corps en acier comme ceux des Triolians et des Duolians donnent eux des notes plus agressives, voir cinglantes, la nervosité des notes est ici le fait de la grande agressivité des harmoniques, qui peuvent aller jusqu’à prendre le pas sur les fondamentales. Le son plus métallique brillant s’accorde alors mieux à une orchestration.
Suite au nouveau succès de ces modèles à cône unique, la société National s’alloue à partir de 1930 les services d’autres constructeurs de guitares afin de baisser encore leurs coûts de production et d’étendre la gamme. Ainsi les compagnies Kay, Harmony et même Gibson commencent à fournir à la firme National des corps de guitare en bois, sur lesquels les ateliers National ajoutent leurs résonateurs, plaques de protection, mécaniques, et chevalets, puis ajoutent leur logo sur la tête. Sort donc en février 1932 le model El Trovador, dont le prix est fixé à 50 dollars, et dont le corps en acajou laminé, réalisé par la firme Harmony, est vendu à National pour 7 dollars. La El Trovador est d’une grande qualité de construction, en fait, elle est le haut de la gamme des guitares National en bois, et les difficultés engendrées par la dépression entraînent donc l’arrêt de sa production dès 1933, au profit d’autres modèles en bois dont les corps sont réalisé par les firmes Harmony ou Kay. Dans les années suivantes sortent ainsi cinq autres modèles, quatre en collaboration avec Harmony, la Trojan, la Estralita, la Havana et la Rosita, et une dernière à la fin des année 1930 nommée la Aragon, dont le corps est bombé, à l’image des guitares jazz « archtop ». De ces modèles, si la El Trovador et les première Triolians en bois sonnent d’une manière étonnamment proche des guitares en métal à résonateur simple, avec un volume important, une forte attaque et des notes courtes, les basses en sont plus chaudes. Les quatre modèles créés en conjonction avec Harmony ont, eux, avec leur essences de bois contreplaquée moins coûteuses, un son moins défini et ne disposent que d’un volume et d’une précision moindre. Ces quatre modèles disposent par ailleurs de qualités acoustiques très proches. La Aragon, quant à elle, ajoute de très importantes basses au son velouté de ses aigus, la faisant rivaliser avec les caractéristiques sonore des modèles en métal. Globalement, les guitares National en bois, si elles gardent un son métallique, mais dans une moindre mesure, perdent de leur brillance et de leur puissance par rapport aux modèles métalliques, au profit d’une chaleur et d’une profondeur accrues. Cette caractéristique est sensible sur l’attaque des notes mais devient surtout évidente sur leur durée. Le choix des bois joue lui aussi un rôle important dans la mesure où les essences massives sont caractérisé par un moelleux et de la souplesse qui cèdent la place à de la franchise et du mordant pour les bois plaqués.
Face aux caractéristiques de ces nouveaux instruments, J. Dopeyra prospecte dans une direction analogue.