Englobant des caractéristiques stylistiques très variées, la guitare slide, tant dans la musique hawaïenne que dans le blues, est rattachée à des éléments techniques ainsi qu’à des choix plus personnels qui fondent un technique très spécifique. Aussi est-il nécessaire de se pencher sur différentes œuvres des deux courants pour pouvoir appréhender à la fois certains des éléments stylistiques les plus représentatifs de ces traditions musicales, tout comme de leurs éclectisme et évolutions respectives.
Pour ce qui est de la steel-guitar hawaïenne, l’aspect formel de la technique y étant un aspect avéré, l’étude d’une œuvre représentative suffit à appréhender la quintessence du genre. Mais il convient d’accoler celle-ci à une composition ultérieure pour comprendre l’importance de l’évolution de celle-ci ainsi que les influences que connaît la steel-guitar de ses origines à la fin de sa période de prospérité.
De par le rôle prépondérant de la steel-guitar au sein de la musique hawaïenne, celle-ci est vite formalisée, sa transmission constituant au début du vingtième siècle à la fois un intérêt conséquent pour l’industrie musicale et une forte demande de la part de nombreux musiciens de l’époque, séduits par le nouveau son de la steel-guitar et désireux de participer à l’avènement d’un nouveau courant musical. Il faut par ailleurs noter l’extrême richesse de la technique instrumentale que constitue la steel-guitar, qui comporte dès ses origines une grande palette de nuances et d’effets calqués sur les habitudes antérieures du chant hawaïen.
La steel-guitar hawaïenne, en vertu de l’importance de son timbre, tout comme de sa tradition de transmission orale, se voit peu après sa formalisation par Joseph Kekuku affublée du mode de transcription par tablatures. Les avantages de ce système de notation sont de plusieurs ordres pour ce qui est de la steel-guitar. Tout d’abord, il faut souligner le fait que de nombreux musiciens, hawaïens ou autres, pratiquant les musiques populaires du début du vingtième siècle comme la musique hawaïenne, ne lisent pas la musique et ne possèdent que quelques rudiments de solfège, ce excepté les quelques privilégiés ayant bénéficié d’un enseignement musical la Kamehameha School d’Honolulu. Ensuite, le système de notation traditionnel ne s’adapte que fort mal à la steel-guitar, sur laquelle une même note peu être jouée à différents endroits du manche et sur différentes cordes, le choix d’une position ayant un impact incontestable sur les qualités sonores de cette note. Les nombreux effets obtenus à l’aide de la technique du slide sont de plus un aspect capital du rendu sonore et le nombre élevé de ces effets surchargeraient exagérément une notation traditionnelle. Enfin, il faut considérer l’intérêt du système des tablatures vis à vis des nombreux accordages qui sont de mise dans la steel-guitar, en effet, la tablature permet de ne plus se soucier des transpositions ainsi engendrées.
Ainsi, en 1916 sort la première méthode de steel-guitar, publiée par Sherman Clay, qui utilise ce qui est présenté comme l’invention de J. Kalni Peterson, la tablature. En fait, le système des tablatures est loin d’être nouveau au début du vingtième siècle, puisque certaines méthodes de transcription antérieures à l’adoption de la notation solfègique se rapproche de la tablature, jusqu’à en adopter une forme très analogue pour les transcription de luth par exemple, où chaque corde est représentée par une ligne de portée, comportant des caractères numériques ou alphabétiques pour signifier la case à fretter. Quoiqu’il en soit, les tablatures adoptées pour la steel-guitar font apparaître des portées de six lignes, une pour chaque corde, sur lesquels sont donc placés les numéros de cases au dessus desquels la steel bar doit se placer. La notation rythmique, quant à elle, se fait soit par un chiffre placé au dessus de chaque note et signifiant le nombre de temps que celle-ci doit durer, soit par le signe de duré du solfège traditionnel placé lui aussi au dessus, tel que le pratique lui-même Sol Hoopii pour ses transcriptions, soit encore en doublant la tablature par une notation standard. La société Ohau Publishing Company, par exemple, qui édite nombre de méthodes de steel-guitar au début du vingtième siècle, utilise des liaisons pour indiquer des doubles croches, et des chiffres entre parenthèse pour les blanches et les rondes, indiquées respectivement par un 2 et un 4. Si dans les transcriptions ultérieures de steel-guitar ultérieures, diverses variations apparaissent quant aux choix de transcription des effets, les constantes restent nombreuses et attestent de l’importance des particularités stylistiques que constituent ces effets. Les transcriptions de Roy Smeck par exemple en 1932 indiquent les doigtés de la main droite par un X pour le pouce, un point pour l’index, et deux points pour le majeur, qui sont les trois doigts de la main droite utilisés en steel-guitar hawaïenne à l’exclusion des autres.
Ainsi, peu après la formalisation de la steel-guitar hawaïenne, beaucoup de moyens sont mis en œuvre pour permettre la diffusion de cette nouvelle technique, qu’un publique de plus en plus large désire embrasser. L’on voit alors vite émerger une myriade de publications avec des titres aussi évocateurs que « Jouez de la steel-guitar en 10 jours ou soyez remboursés », ou encore « Jouez de la steel-guitar hawaïenne en cinq leçons faciles ». Cependant, malgré les indéniables avantages offerts par le système des tablatures qui se répand de façon exponentielle, celui-ci engendre un inconvénient de taille, puisque le désormais facultatif apprentissage du solfège borne nombre de musiciens de steel-guitar à l’interprétation stricte d’œuvres d’autrui, et que l’on voit émerger une multitude de musiciens autodidactes aux talents bien limités proposer des cours de steel-guitar. Malgré tout, certains de ces musiciens acquièrent une solide technique par l’écoute et la reproduction d’enregistrements d’artistes réputés comme Sol Hoopii ou Dick McIntire, dont des 78 tours sont souvent livrés avec les guitares acoustiques vendues par correspondance et munies d’un kit pour le jeu en lap steel.
Concernant les techniques de steel-guitar proprement dites, celle-ci sont multiples et apparaissent comme étant, par leur fréquence et précision d’utilisation, l’une des caractéristiques essentielles pour définir le style des différents musiciens. La technique la plus importante de la steel-guitar est évidemment le glissando, qui peu prendre principalement trois formes différentes. La première consiste en l’application d’un court glissé d’une note indéfinie vers une note donnée, ou inversement, le mouvement précédent l’arrivée sur la note n’a alors pas de durée, à la manière d’une appogiature, et son ampleur est fonction uniquement des choix d’interprétation du musicien, cet effet est généralement indiqué par un trait oblique ou une petite flèche, précédant ou suivant la note à joué, et dont le sens défini si le mouvement doit venir, ou aller vers, une note plus grave ou plus aigue. La deuxième technique s’applique en jouant une note avec la steel-bar, puis en glissant cette dernière vers une seconde note qui n’est alors pas grattée, ce glissando se note la plupart du temps par une liaison et éventuellement une barre oblique entre les deux notes concernée. Enfin, le dernier type de glissando est assez analogue au deuxième, mais cette fois la seconde note est grattée, cet effet se note soit par une simple barre oblique entre les deux notes, soit par une liaison et un trait au dessus de la seconde note.
La technique de steel-guitar des premiers représentants du genre s’accompagne d’autre part généralement de notes jouées en staccato, alors que l’évolution de l’instrument verra l’adoption d’un jeu de plus en plus legato, où le mouvement de notes se fait en minimisant les changement de cordes de façon à engendrer un mouvement continu. Il existe en outre une application spécifique du staccato au jeu de la steel-guitar, celle-ci consiste à gratter une courte note sur une corde à vide, le plus souvent la chanterelle, puis une autre sur la même corde au moins quatre frettes plus haut. Ce « saut de notes » est assez similaire et tend probablement à imiter le « yodle hawaïen » très fréquent dans la tradition vocale hawaïenne, et la note jouée à vide est d’ailleurs appelée « hula note ». Cette note jouée à vide est parfois d’une durée si courte qu’elle apparaît comme un simple ornement, mais, le plus souvent, elle est figurée par une double croche ou une triple croche.
Le vibrato est lui aussi un élément primordial de la steel-guitar et découle des habitudes vocales de la musique hawaïenne. Le vibrato représente en effet, comme dans la musique vocale hawaïenne, un élément fondamental pour les interprètes de steel-guitar qui y apposent leur marque, en en variant la vitesse, l’amplitude et la régularité. Certain musiciens en usent d’ailleurs de façon continue pour l’exécution de l’ensemble de leur répertoire, soit pour des choix stylistiques, soit même pour masquer une éventuelle imprécision des notes, la justesse restant sans doute l’élément le plus difficile à maîtriser à la steel-guitar. Parallèlement, l’utilisation du vibrato peut être un moyen de rendre audible une note plus longtemps, en l’empêchant de s’éteindre, et, surtout de la colorer. Dans les compositions d’un rythme lent à modéré, la plupart des joueur de steel-guitar effectue un vibrato correspondant un triolet, avec une amplitude d’un quart de ton au dessus et en dessous de la note de référence, cependant, aucune règle stricte ne s’applique à l’exécution des vibratos et chaque artiste possède sa propre technique.
D’une manière un peu analogue, la steel-guitar hawaïenne utilise aussi fréquemment le tremolo. Celui-ci est réalisé en grattant alternativement deux cordes adjacentes, le plus souvent les deux plus aigues, et sur un rythme de triolet de croches ou plus rapidement, quoiqu’il n’existe, encore une fois, aucune règle stricte dans le domaine. En effet, chaque artiste a, à l’image du vibrato, a une interprétation différente du tremolo, qui peut en outre se combiner avec ce premier effet, créant ainsi le son « pleurant » caractéristique de la steel-guitar hawaïenne.
Une autre technique issue de la tradition vocale hawaïenne est l’imitation des intonations graves et gutturales fréquentes dans le chant traditionnel hawaïen, cet effet étant réalisé en grattant les cordes graves le plus près possible du chevalet.
Relativement aux techniques spécifiques de la steel-guitar acoustique, il faut encore citer l’utilisation fréquente d’une sorte de raclement, effectuée en grattant les cordes de bas en haut d’un mouvement rapide du pouce, la steel bar étant simultanément relevée, étouffant ainsi les cordes. Le son qui en résulte alors est à la fois percussif et métallique, les cordes vibrant pour un bref instant contre la steel-bar, et est surtout utilisé pour ajouter une touche rythmique entre des passages mélodiques.
Il faut encore noter la possibilité à la steel-guitar d’incliner la barre, toujours parallèle aux cordes, dans un sens ou dans l’autre afin d’obtenir des accords enrichissant l’harmonie. Si cette technique apparaît comme complexe puisque la justesse y est fortement compliquée, ce choix est fait par la plupart des interprètes de steel-guitar hawaïenne, plutôt que celui de varier les combinaisons de cordes, afin de favorisé un son legato exempt de césures.
Enfin, l’une des techniques les plus caractéristiques du son hawaïen est l’utilisation des harmoniques, qui peuvent s’obtenir de deux manières différentes. La première méthode, la plus simple, consiste à faire sonner les harmoniques dites naturelles en frôlant les cordes de la main gauche, ce au dessus des cases 3, 4, 5, 7, 9 et 12, et en relevant la main gauche juste après que la corde concernée ait été grattée. La deuxième méthode, elle, prend le nom d’harmonique artificielle et se réalise en plaçant la paume de la main droite précisément douze case au dessus de la barre. Il est ainsi possible d’obtenir des harmoniques sur toute la tessiture de l’instrument, dont le son cristallin une octave au dessus de la note effectivement frettée est très apprécié des musiciens hawaïens, qui y voient une imitation de leur traditionnelle utilisation de voix de fausset. Cette dernière technique permet de plus de varier la hauteur des harmoniques ainsi obtenues, simplement en déplaçant la barre après obtention de celle-ci.
Il serait vain d’essayer de dresser une liste exhaustive des effets utilisés à la steel-guitar tant leurs variations sont nombreuses et caractéristiques de styles individuels, cependant les effets précités sont des constantes de la steel-guitar hawaïenne que tout interprète de l’instrument se doit de maîtriser, et sont abondamment utilisés dans compositions hawaïennes de tout le vingtième siècle. Pour mieux appréhender l’importance de ces effets dans la musique hawaïenne, il est au demeurant nécessaire de les étudier dans leur contexte musical, par l’étude de compositions représentatives de steel-guitar du début du vingtième siècle.